Panel Forum de haut niveau consacré à l’état des lieux de l’exploitation des hydrocarbures

Hydrocarbures en RDC : entre espoirs énergétiques et exigence de gouvernance

Kinshasa, 24 juin 2025,  Le Congo N’est Pas À Vendre “CNPAV” a organisé un Forum de haut niveau consacré à l’état des lieux de l’exploitation des hydrocarbures en République Démocratique du Congo. Une rencontre marquée par des échanges sans détour, des critiques franches sur la gouvernance du secteur, et des recommandations fortes pour sortir d’un cycle d’opacité.

Un secteur riche en potentiel, mais pauvre en gouvernance

L’objectif central du Forum : poser un regard lucide sur les appels d’offres de 2022, annulés en 2024, et questionner les fondements de leur relance. Si la RDC est qualifiée de "scandale géologique", les intervenants ont unanimement reconnu que cette richesse n’a toujours pas été mise au service du développement durable.

De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer le manque d’informations fiables sur la géologie des hydrocarbures, l’opacité entourant le processus de sélection des entreprises, l’absence de vision stratégique, les risques de spéculation ainsi que l’endettement potentiel de l’État. L’intervention de Baby MATABISHI, membre du CNPAV, a particulièrement marqué les esprits : « Pourquoi exploitons-nous nos ressources naturelles ? », a-t-il lancé, déplorant l'absence d'une réponse claire, structurée et stratégique de la part de l’État.

Des dysfonctionnements profonds

Les représentants de SONAHYDROC, de l’ITIE et des experts indépendants ont pris part aux échanges, qui ont permis d’aborder plusieurs points sensibles : la non-publication des données techniques, l’absence d’un système centralisé de gestion des informations, ainsi que l’existence de contrats désavantageux, accordant à l’État congolais une part marginale des bénéfices.

La SONAHYDROC a révélé que dans certains cas, la RDC ne perçoit que 12 % à la tête du puits, contre 65 % attendus dans le modèle de partage des produits. L’attribution de licences à des firmes peu expérimentées a aussi été vivement critiquée, tout comme le manque de techniciens nationaux aux tables de négociation.

Des révélations troublantes

Plusieurs interventions ont mis en lumière les pratiques douteuses qui ont entaché le secteur : attribution de blocs à des entreprises impliquées dans des scandales, contrats compensatoires arrangés, versements occultes, et une culture du secret autour des données stratégiques.

 

Recommandations phares

Le forum s’est conclu par des recommandations fortes :

  • Que la RDC se dote d’une vision claire et cohérente pour le développement du secteur des hydrocarbures; Il est recommandé que le gouvernement, seul ou en partenariat avec des entreprises privées, réalise au préalable des études géologiques approfondies afin de confirmer l’existence des réserves pétrolières, d’en évaluer la valeur économique et la rentabilité, avant de procéder à tout appel d’offres
  • Constituer une véritable banque de données accessible et protégée, pour garantir une exploitation rationnelle.
  • Renforcer la transparence dans les processus d’attribution, avec implication des parties prenantes dès la phase préparatoire.
  • Signer des contrats équilibrés avec des partenaires crédibles et techniquement compétents, en prévision de la transition énergétique imminente.
  • Mettre fin à la culture de l’oubli institutionnel en assurant la transmission des archives et l’appropriation nationale des connaissances techniques.
  • Éviter de reproduire les erreurs du passé en apprenant des échecs de 2022 et en assurant une gouvernance basée sur des textes clairs et appliqués.

     

Un avertissement clair pour l’avenir

À l’heure où la RDC projette une relance des appels d’offres, le message du forum est sans équivoque : sans gouvernance rigoureuse, le pétrole congolais restera une malédiction non exploitée. Il est temps d’assainir les fondations, de miser sur l’expertise nationale, et de replacer l’intérêt collectif au cœur de toute stratégie énergétique.

 

Pour le CNPAV

Madeleine, Chargée de communication, communication@cnpav.org, + 243 847 073 333

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